• Lettre de poilu (3)

                         Le Linge, 18 novembre 1915.

     

    Ma chérie,

    Je profite d'un moment d'accalmie pour t'écrire car il y a beaucoup de choses qui se passent ici. J'espère que tu seras contente d'avoir de mes nouvelles. Je veux que tu saches : tu me manques énormément et je t'aime très fort. Je pense souvent à toi. C'est compliqué de rester loin de toi. Surtout dans un endroit pareil. Je me demande souvent si je te retrouverai.

    J'ai l'impression d'être en enfer ici. C'est la guerre, il y a beaucoup de bruit, beaucoup de morts, de blessés. Il n'y a presque rien à manger, on a toujours des difficultés. Il manque énormément d'eau. La terre est toute sèche à cause du soleil. En hiver, en automne, il fait très froid, et à cause de la pluie il y a beaucoup de boue. J'ai perdu mon meilleur ami Frank. Je n'ai pratiquement plus d'espoir, mais pour toi, et pour ma petite fille qui me manque aussi, je dois être fort. Ce n'est pas facile car nous avons souvent faim, nous ne savons plus quoi faire. Face à nous les Allemands ont l'air mieux protégés que nous. Le paysage est lunaire, quand on veut s'approcher de nos adversaires on n'y arrive pas vraiment, mais on ne lâche rien, on n'a pas vraiment le choix.

    J'espère vous revoir, j'essaierai encore de t'écrire, s'il ne m'arrive rien bien sûr. Prenez soin de vous, je vous aime. Et quoi qu'il arrive ne m'oubliez pas.

    Jacques

    (Beyza Koc 3°1)