• Lettre de poilu (2)

                                               Le 3 février 1915.

     

     Ma chère Marie,

    je profite de cette accalmie pour t'écrire quelques mots. Je ne saurais te dire quand la guerre finira ou si même je te reverrai un jour.

    Nous sommes dans une tranchée, serrés les uns contre les autres pour nous tenir chaud et essayer de retrouver le moral. Mais c'est dur surtout quand on voit tous les jours ses camarades se faire tuer d'une balle dans la tête ou décapiter par un obus à côté de soi.

    Les forces commencent à manquer et la nourriture est rare. Nous devons boire notre urine afin de ne pas mourir de soif.

    Le paysage est triste, les arbres troués par les balles. Nous avons des tenues bleues, un casque sur la tête pour nous protéger des éclats d'obus. Nos supérieurs nous forcent à gravir la colline pour affronter l'ennemi sous peine d'être exécuté pour trahison. On court de tranchée en tranchée tout en essayant de ne pas se faire tuer par les balles, les obus ou les mines. À force de voir des amis se faire tuer on commence à perdre espoir.

    J'espère bien tout de même te revoir un jour et te serrer fort dans mes bras,

    Gustave

    (Guillaume Caspar 3°1)